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Big Eyes

8 Avril 2015 , Rédigé par Lilith Publié dans #drame

Big Eyes

       

Deux ans après le catastrophique Dark Shadows et vingt après son célèbre biopic sur Ed Wood, Tim Burton est de retour avec Big Eyes et une promesse de changement. Et vous vous en doutez, je m’attends au meilleur comme au pire avec ce réalisateur, que j’affectionne beaucoup…

        L’histoire est celle de Margaret et Walter Keane qui ont réussi à monter la plus grande imposture de l’histoire de l’art. Durant les années 1950 et 1960, Walter Keane a connu un succès mondial avec ces tableaux mystérieux d’enfants aux grands yeux, jusqu’au moment où Margaret va réclamer la maternité de ces tableaux et faire éclater la vérité au grand jour.

 

        Nous sommes ici en présence d’un biopic, tout ce qu’il y a de plus réaliste, ce qui permettra à Burton de changer de genre, sans pour autant s’oublier complètement croyez-moi. Le budget de dix millions pour cette réalisation explique peut-être le manque d’audace et le « trop sage » (quinze fois moins que le budget pour Dark Shadows).

        Le film est simple et direct sans pour autant être dénué d’intérêt. Au niveau des techniques de caméra ou de la réalisation il se montre sans surprise ou sans audace, mais pour moi, l’intérêt de ce film est dans les questions que l’on se pose durant le visionnage.

        La principale interrogation est celle qui a traversé l’histoire de l’art depuis la révolution industrielle, à savoir, la commercialisation de l’art. L’art peut-il être copié pour être vendu ? Quelle est la place de l’artiste et de l’art dans le principe de la distribution ?

        Alors, certes le film ne va pas répondre clairement et simplement à ces questions (en même temps avouez que suivant la réponse cela aurait permis à certains critiques de taper encore plus sur Burton), mais il laisse quelques indices.

Pour n’en citer que deux, un clin d’œil à Andy Warhol est fait lors du passage de la caméra sur des étalages de boites de conserves (vous aurez compris lesquelles, pas besoin d’un dessin) au moment où la gêne à propos de la commercialisation des tableaux de Keane est montrée.

        Durant ce passage, Burton à l’idée d’utiliser un de ces sujets préférés pour nous le faire comprendre, le surnaturel, plutôt que nous le montrer en visu. Durant la scène, Maggie fait des courses dans un supermarché et remarque un emplacement du magasin avec des copies à vendre de ces tableaux. Au lieu de montrer ces mêmes plans dans différents magasins, Burton prend l’initiative de montrer toutes les femmes faisant les courses autour de Maggie avec des « Big Eyes », échos direct pour montrer le marchandisage de ces créations dans le monde entier.

        Comme dans toutes ces réalisations, l’esthétique est parfaite, très propre, tout comme le décor qui montre un pays américain durant ces années 1950 pop et coloré. Mais il n’oublie pas pour autant de montrer durant le film le combat de l’indépendance des femmes, principalement avec le personnage de l’amie de Maggie, Annie, qui a réussi à s’émancipé de la pensée commune.

        Et pour une fois, preuve qu’il peut changer quand il le veut, Tim Burton ne s’est pas entouré de ces acteurs fétiches comme Depp ou encore Helena Boham Carter (en même temps je doute de sa présence dans de futurs films de Burton en raison de la fin de leur vie commune) mais fait appel ici à la sublime et talentueuse Amy Adams, vu notamment dans « Her » ou encore « American Bluff ». Mais aussi et c’est plus surprenant, le charismatique Christoph Waltz (« Inglourious Basterds » ou encore « Django Unchained »). Même avec de nouveaux acteurs, Tim Burton prouve qu’il peut les diriger et permettre un contraste intéressant entre la tendance comique de Waltz et la douceur presque naïve d’Adams.

        Et le seul point négatif de ce film, le déroulement trop simpliste de l’intrigue, me semble après réflexions avoir été fait exprès pour coller à l’histoire racontée. Le scénario semble vers le milieu du film s’enchaîner sans saveur, au même titre que Maggie enchaîne les peintures en ne mettant plus autant de son âme.

        Pour finir sur le plan technique, la musique est bonne, sans exceller, mais placée au bon moment et à la sonorité enfantine qui renvoient avec le thème de prédilection de Keane. L’énorme point noir est la musique de Lana Del Rey. Durant le générique elle ne m’aurait pas gêné, bien que je n’apprécie pas plus que ça son travail, mais placé comme elle l’est, elle semble tombée comme un cheveu sur la soupe et n’apporte rien, au risque même de faire sortir le spectateur de l’histoire.

        Dans ce dix-septième long métrage, Tim se dévoue entièrement à cette histoire hommage ou l’on peut apprécier ou non l’intrigue, mais dont le jugement n’a rien à voir avec son réalisateur. Le caméo de la véritable Margaret Keane prouve bien cet hommage rendu. Durant la prise, le point de vue veut qu’on ait la sensation qu’elle « guide » Amy Adams dans son personnage lorsque celle-ci peint, sans pour autant interrompre l’histoire et s’intégrer dans celle-ci.

 

        Bon, histoire de m’amuser avec un réalisateur que j’apprécie énormément malgré ces bavures, je vais faire ressortir la fan en moi, et vous prouvez que Tim Burton ne s’est pas complètement oublié en faisant Big Eyes.

        Premièrement, durant le générique de début, on peut apercevoir un plan sur des machines de travail à la chaine. Cela ne vous rappelle pas le générique de Charlie et la Chocolaterie ou l’on suivait la création des fameuses tablettes de chocolat ?

        Ensuite, lorsque Margaret décide de quitter son premier mari et de partir en voiture, celle-ci est filmé en plongé, sans bouger la caméra et donc en laissant la voiture s’éloigner du quartier coloré ou les villas se ressemble toutes. Edward aux Mains d’argent ? Mais non quelle idée….

        Pour continuer dans les décors, vous n’allez pas me dire ne pas avoir pensé ne serait-ce qu’une seconde à Gotham en voyant la ville filmé de nuit avec le duo noir et néon ?!

        Et il y en a pleins d’autres, Margaret est l’éternel personnage solitaire et naïf des films de Burton et en plus de cela, c’est un artiste solitaire. Ce n’est pas Burtonnien ça ? (sans parler de sa coupe de cheveux)

        Et pour faire jouer ma mauvaise foi, Margaret doit garder un secret durant le film, secret que seul son chien connait. Le chien de Mister Jack, Frankeenwenie, je continue ou pas ?

        Les nombreuses histoires inventées par Waltz et sa facilité à parler et à séduire par cela ses interlocuteurs, cela ne vous rappelle pas Edward Bloom dans Big Fish et ses nombreuses histoires ?

 

        Ce film est donc d’une grande simplicité (sans tomber dans le péjoratif) mais sait se montrer percutant. Au-delà de l’histoire racontée des Keane, il me semble nécessaire d’y voir une partie de la pensée ou du questionnement de Burton.

        Toute la scène avec le critique d’art me semble être sa déclaration quasiment directe sur ce qu’il pense du cinéma et de la vision du spectateur. La pensée critiquée est « on aime un tableau, donc c’est de l’art » ; qui peut très bien être rapproché a plusieurs domaines et notamment celui du cinéma. Et pour aller encore plus loin, Burton, pour moi, dénonce ce qu’il se passe avec ces films. Aux Etats-Unis, Big Eyes est le plus faible résultat au box-office depuis Ed Wood (vingt-six millions contre cinq millions) et son plus gros résultat est Alice au Pays des Merveilles (trois cent trente-quatre millions).

        Est-il nécessaire de développer ? On critique souvent Burton en disant qu’il reste toujours dans le même domaine, qu’il ne change rien à ces films et n’a de cesse de se recopier (pour lesquels les entrées sont les plus importantes), mais lorsqu’il prend un virage à 180°, il est critiqué par cette absence d’univers et ces films (pourtant très bon) tombent dans l’oubli.

        Alors, oui, je vais peut-être trop loin dans l’avocat du diable, mais je n’ai pas pu regarder Big Eyes sans y voir un discours de Tim Burton. Ce qui en fait pour moi un très bon film de Burton, pas au niveau de Ed Wood cependant, mais qui se laisse regarder et qui ne mérite pas le faible succès qu’il a reçu.

        On verra bien l’année prochaine avec « Miss Peregrine et les enfants particuliers » ou « Alice au Pays des Merveilles 2 » si les mentalités auront changé.

 

ODLM

 

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